Le danger, c’est l’affadissement du réel

Écrire, c’est réparer. C’est veiller sur quelque chose qui risque de s’éteindre.

Christian Bobin

Ainsi pourrais-je augurer un projet, amorcer une ligne claire dans un imbroglio de pensées et de phrases. Donner le la.

A tout prix, garder en éveil quelque chose. Quelque chose. Ce qui court comme une eau souterraine et lave inlassablement le regard si vite fatigué que nous portons sur le monde.

Ecrire comme dire une comptine. Manger un morceau de pain. Froisser une feuille de papier. Ne rien en attendre mais tout espérer. Et laisser sourdre la joie.

On me demandait de résumer une vocation. Une autre manière d’inaugurer cet espace:

« L’écriture fait partie de ma vie depuis longtemps, j’aimerais l’ancrer dans un projet fondé sur l’altérité et la transmission, qui relève d’une vision personnelle, au croisement d’une démarche anthropologique réappropriée et de la voie artistique : une anthropoésie.

Mon projet n’est pas l’écriture journalistique, la chronique ou le reportage, puisqu’il ne s’agit pas de livrer simplement un point de vue sur le réel, mais d’entrer en résonance plus profonde avec ce dont on veut rendre compte, pour décentrer le regard, susciter l’empathie et favoriser le lien. Il s’agit d’une forme d’écriture documentaire et littéraire, partant du postulat de l’utopie d’une objectivité, et cherchant dès lors à transposer un vécu plutôt que des faits, en créant un lieu de résonance autour de celui-ci. La démarche est basée d’une part sur l’immersion dans un contexte donné, avec un temps de rencontre, d’écoute et d’imprégnation, et d’autre part sur la création artistique, à travers le rendu d’une réalité vécue de l’intérieur dans une forme, qui va convoquer le récepteur comme sujet, en d’autres mots qui va relier. Ma volonté est de prêter parole à des personnes et de transmettre leur vécu, en lui donnant passage d’un lieu (espace-temps particulier) à un autre, d’une personne à un groupe, de la solitude vers l’empathie. C’est ce que j’appelle écrire pour éveiller, pour créer un lieu de plus haute résonance, pour lier.

Cette anthropoésie peut prendre différentes formes, sur différents sujets, mais l’acte de transmission et l’empathie qui peut en découler sont primordiaux – le passage d’un contexte défini, dans lequel il y a eu immersion, à un autre, par mise en résonance.