Dar es Salaam

Passant.

Je me dis que si je devais écrire quelque chose d’agréable à lire sur Dar es Salaam, il faudrait probablement que je parle la proximité de la mer, des dhows qu’on voit passer à l’horizon voiles déployées, du marché de Kariakoo où on trouve toutes les marchandises possibles, de la criée aux poissons que débarquent tout droit de leurs pirogues les pêcheurs et des femmes venues les acheter, enroulées dans leurs kangas colorés. Il faudrait  que je parle de Coco Beach où le dimanche en fin de journée se rassemblent les familles en rang d’oignon dans leurs voitures, et les sportifs, les filles, les voyous bien sapés, les vendeurs de chips ou de noix de coco, les enfants, tous venus pour regarder la mer, pour jouer, parader, manger, se retrouver et célébrer la fin du weekend. Il faudrait que je parle du centre-ville, des façades des maisons indiennes construites dans les années trente et quarante, qui jouxtent les immeubles en verre et acier, du trafic intense qui s’y déroule et des hommes assis au pas de leur commerce, qui ont l’air d’attendre mais n’attendent pas grand-chose. Que je parle peut-être de la pauvreté, des logements construits un peu partout à la va-vite, des tôles ondulées qui marquent le territoire d’un quadrillage incertain et bancal. Des gars qui quémandent aux feux rouges, puis filent sur leur chaise roulante bricolée avec des pédales de vélo qu’ils actionnent de leurs bras musclés. De celui au carrefour qui veut toujours nous vendre un bouquet de roses kenyanes, avec un sourire à se décrocher la mâchoire, des fleurs qui s’effeuillent en quelques heures sur la table de la salle à manger. Et de tous les autres vendeurs des embouteillages, qui louvoient entre les voitures à l’arrêt pour proposer leur camelote. Il faudrait que je parle du temps. De la lumière. Du vent. Etc.

Mais ce qui persiste à venir, c’est le regard de ce gars qui pousse sa bicyclette, avec son t‑ shirt d’ailleurs, avec le paquebot lointain et la plateforme de forage, avec les trois chaises vides et la péninsule pointant vers le large.

Une réflexion au sujet de « Dar es Salaam »

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