Le Yacht Club

Bientôt, le club nautique de Dar es Salaam donnera son bal annuel, annonce l’affiche placardée à l’entrée.

A cette heure, le parking est presque vide. Les pelouses bien tenues sont arrosées par quelques Tanzaniens en t-shirts et l’un ou l’autre ouvrier en bleu de travail pétant, tranchant sur la peau foncée, s’affaire à réparer ça et là une gouttière, un ventilateur ou un banc. Pendant ce temps, des hommes blancs, en chemises à manches courtes, discutent à quelques mètres de là, attablés devant une bière ou un café, dans la zone réservée à cette activité. Un avertissement la borde : Person under 17 years old not admitted on the quarter deck. L’utilisation des téléphones portables ne l’est pas non plus, rappelle un panneau devant le bar. Nuisances sonores, dira-t-on.

Bande-son en cette fin de matinée : bribes discrètes de conversations, ronronnement des ventilateurs et, en arrière-fond, la rumeur d’une télévision allumée – les news, sur une chaîne internationale, dont le flot aux intonations formatées se fraie un passage toléré entre les tables.

Panorama : mer turquoise, sur laquelle se détache, en parfaite complémentarité, l’orange vif d’un flamboyant fleuri. Au loin, une île, qu’une bande de sable clair strie.

Le club fait face à la baie formée par la péninsule. Une cinquantaine de bateaux, à moteur et à voile, se balancent mollement à quelques brasses de la jetée. Ils pointent vers le large. D’où vient le vent. Et d’où reviennent les boutres, leur triangle de toile déployé sur l’embarcation de bois brut, une fois la pêche du jour terminée. Ils se faufilent entre les yachts, jusqu’à la plage de l’autre côté, où les pêcheurs débarqueront leurs prises et feront sécher leurs filets. Quelques baraques de tôle et de bâches en plastique les accueilleront pour une assiette d’ugali et de pois chiches, qu’une femme aura préparés accroupie devant sa large gamelle, sur un feu de bois.

Une autre plage, en contrebas du bar, près de la jetée, attend, beaucoup plus proche, les baigneurs du weekend. Pour les accueillir, une rangée de sièges et quatre ou cinq paillottes. Ils viendront en groupe, en famille, en couple, après avoir montré patte blanche à l’entrée du club. Ils iront pêcher, nager, plonger, faire de la voile ou du surf sur les eaux claires de la baie. Pendant ce temps, au bar, des serveurs noirs astiqueront les verres, rempliront les frigos et quand le soleil baissera, ils commenceront à préparer les gin tonic, les bières et les rock shandy.

Marée basse, ce midi. Lavis de beige, de vert et de jaune. Ca et là, loin devant, la ligne frêle d’une pirogue. Et les boutres toujours, glissant imperturbables entre les yachts au mouillage.

Le jour du bal annuel, précise l’affiche, les membres du club sont attendus pour un dîner, qu’agrémentera la présence d’un orchestre tanzanien. Les serveurs auront peut-être des gants blancs pour l’occasion. Et les hôtes ? Le thème choisi laisse songeur : Out of Africa.

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