Ceux d’à côté – un épilogue (ou une parenthèse, bientôt refermée, mais pas forcément pour toujours)

Mes visites à la Maison S. J. sont un source paisible, mais constante, d’humain. Je veux dire, à défaut de trouver une expression meilleure, que j’y trouve toujours des paroles et des visages qui me confortent dans mon amour de l’homme. Et pourtant, les résidents de la Maison représentent une des situations sociales qui m’a parfois le plus effrayée : des personnes seules, pauvres, parquées « à vie » dans une demeure qui n’est pas la leur, qui n’a jamais résonné des pas et des rires d’êtres aimés, et qui sera leur dernière. La « maison de long séjour », comme l’appelle Christian Bobin. Un mouroir, disent beaucoup d’autres. Mais ce que j’y perçois est si loin de la mort. Je veux dire : ce sont certes des personnes âgées, parfois très âgées, que j’y rencontre, dont certaines sont au seuil de l’inconnu, puisqu’elles ne peuvent déjà plus parler, ou se déplacer, manger, voir ou entendre sans beaucoup d’assistance, mais ce sont des personnes vivantes, extrêmement sans doute – arrivées à l’extrême – mais en vie ! Pourquoi récuse-t-on certaines formes de la vie, certains tours qu’elle peut jouer ? Là où encore, c’est elle qui se manifeste, dans toute sa plénitude. La vieillesse, la décrépitude, la sénilité, le handicap – tous, formes de vie, elle qui se joue de nos formats, de nos canons et de nos exigences, qui ne se plie pas à l’idée, ni à la peur, ni à l’orgueil du genre humain. Les saisons ne sont-elles pas pour nous manifester le cycle inexpugnable de la vie ; l’existence humaine pourrait-elle s’en prémunir ? Je sais que mon discours en ferait sourire plus d’un, à juste titre sans doute ; ne serais-je pas la première à vouloir, si je le peux, éviter la dégénérescence ? Que puis-je affirmer au faîte de mes jeunes années ? Et pourtant. Je persiste à croire qu’une voie est possible qui nous réconcilie avec la maladie, la déformation, la faiblesse, la laideur, avec la vieillesse et l’approche de ce moment où nous ne sommes plus maîtres à bord.

(13 avril 2010)

Une réflexion au sujet de « Ceux d’à côté – un épilogue (ou une parenthèse, bientôt refermée, mais pas forcément pour toujours) »

  1. Je lis toujours tes textes avec plaisir et je les apprécie beaucoup. Je trouve celui-ci en particulier très beau, mélancolique et porteur. Je t’embrasse, Jacynthe

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s