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Mes vrais poèmes je les tiens secrets. (Même s’ils sonnent faux.) Je les garde pour les soirs de vague à l’âme, pour pouvoir m’en rouler un et le fumer tranquille, au coin du feu ou sur la terrasse. Ici, je ne jette que de petites choses mal dégrossies. Tant mieux si ça vous fait rire, si ça grince, sardonique ou pas. Je n’ai pas l’habitude de plaisanter. Je suis moyennement drôle, je disserte occasionnellement pour évoquer les puces, les relations sexuelles des chats, le temps qu’il a fait, celui qui m’a défaite. J’écris quelques lignes sur ce blog qui n’en est pas vraiment un, alors si vous me lisez tant pis pour vous. Je ne vous dirai pas mes secrets. Au fond je suis méchante, j’ai l’âme mesquine des rongeurs, je grignote l’oubli dans mon coin, je recrache nos misères et quand je me sens un peu flapie, je m’enroule dans leurs rognures pour piquer un petit somme. Si on me brosse dans le sens du poil, parfois, je laisse flotter un sourire, des images rincées par la pluie, quelques vers faciles, pour faire semblant. Je me fous bien de ce qu’ils vous racontent. Mes vrais poèmes luisent dans mon trou. Et quand ils s’éteindront, je laisserai le vent balayer le reste.