… cette impalpable sensation …

Publication discrète mais jubilatoire: une nouvelle suite de poèmes parue au Cormier fin 2019.

Pour l’introduire, je préfère emprunter à Julia Kristeva ces mots, prononcés lors d’une rencontre intitulée À quoi bon des poètes en temps de détresse il y a un peu plus de trois ans : « Pour moi, le poète est avant tout un musicien du langage, il bouleverse la langue maternelle et/ou nationale parce qu’il s’empare de son nerf – la voix et le sens accordés, et il excelle dans ce que les premiers stoïciens appelaient le « toucher intérieur » : l’oikeiois, cette impalpable sensation qui relie chacun au plus intime de soi-même et de l’autre, constituant ainsi la première esquisse de ce qu’on appellera une « conciliation », un « amor nostri » et plus tard le « genre humain » et la « fraternité ». Le poète est à la racine de ce « toucher intérieur », il est l’onde porteuse de l’universalité incarnée. Pourquoi le poète ? Parce qu’en réajustant le sens et le sensible, en auscultant d’innommables passions, le poète traverse les identités, les frontières et les fondations, et il rend partageable la coprésence à autrui. Je suis en train de vous dire que l’alchimie du verbe poétique est une inséparable doublure de la fraternité qui a impulsé la rencontre de ce soir. Il était donc inévitable, indispensable qu’on aille chercher le poète quand l’humanité s’écroule, et qu’on lui demande à lui, et à lui en premier lieu, non pas d’être ou de ne pas être, mais tout simplement de recommencer. Car, sans lui, il n’y aura plus de « toucher intérieur » partageable, il n’y aura plus d’humanité. » (Le texte complet de son allocution est disponible sur le site de l’autrice)