Le sang revient toujours

Le sang revient toujours. Tracer son invisible dessein aux revers des linges clairs.

Qu’est-ce en nous qui dévore son festin sanglant ? Quel cerbère ronge son os, en boudant ces lambeaux de rouge qu’il faut abandonner chaque mois ? Que devons-nous à la lune ? Quel tribut à Ève, et lequel à Adam ? Quelle taxe à la médecine ? Et si j’étais Médée, aurais-je des règles noires ?

Mais quelle est donc cette alchimie, qui couve en secret comme un feu et nous gonfle de fiel ou de joie, sans que nous y reconnaissions grand-chose ? Sommes-nous invitées pour des traversées périodiques sur la nef des fous, dans la cage aux fauves ?

Le sang revient toujours. Entre le sang, entre les lignes, extirper des voix, des mots, des échos. D’entre les lignes, s’extirper, ébaucher de nouveaux contours.

Car tout recommence.

Pour en savoir plus

*

The blood always returns. Drawing its invisible design on the underside of pale cloth.

What side of us partakes in its bloody feast? Who is this Cerberus gnawing at a bone, disdaining the red scraps discarded every month? What do we owe the moon? What tribute to Eve, and what to Adam? What duty to medicine? And if I were Medea, would I have a black period?

What then is this alchemy, this quietly smouldering fire which fills us with bitterness or joy while we stand by? Do we board a ship of fools on these periodic crossings, caged amongst wild beasts?

The blood always returns. Abscond the bloodlines, draw out voices, words, echoes. Break loose from the lines, draft new outlines.

Because everything starts again.

*

Panta rhei

Les opposés s’accordent; de ce qui diffère vient la plus belle harmonie. 
L’harmonie invisible surpasse celle qui saute aux yeux.
Héraclite

Installation de Ragnar Chacín et Soline de Laveleye –  présentée au Musrara Mix Festival – 29, 30, 31 mai 2018 – Jérusalem

(english below)

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« On a besoin d’entendre les histoires des autres. Une histoire n’existe jamais seule, mais comme motif d’un tissage beaucoup plus vaste. Pour qu’une histoire puisse se ranimer, trouver un nouvel élan et se déployer à travers des chemins insoupçonnés, il lui faut entrer en résonance avec d’autres. Nous avons besoin d’écouter les autres nous raconter leurs souvenirs, pour que les nôtres respirent. Entendre ces souvenirs se matérialiser dans un souffle, une voix, une langue, pour que les nôtres renouent avec leur voix, leur langue. Se baigner dans les souvenirs des autres, pour que le passé ruisselle, que le présent vive, que demain soit ouvert. »

En arrivant à Jérusalem, lieu de mémoire par excellence, de récits contrastés et de tensions extrêmes, Ragnar Chacin et Soline de Laveleye ont ressenti le besoin de faire peau neuve, de se débarrasser les rétines et la peau d’images poussiéreuses, éculées, raidies, compassées, hérissées de certitudes. D’aller se plonger dans le courant d’une mémoire plurielle, aux reflets changeants.

L’installation Panta rhei propose au visiteur un bain ritualisé, de ceux dont on veut sortir rafraîchi, avec des forces nouvelles et une attention ravivée, rincé de tout ce qui nous obstruait. Le visiteur est invité à se plonger dans un ruissellement de voix, transmises ou transposées, à s’immerger dans un flux de souvenirs qui, brassés, multiplient les échos, amplifient la résonance. À son tour, s’il le souhaite, il pourra laisser sa voix rejoindre ce courant, y laisser filer un souvenir, une brindille, un morceau d’histoire.

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Opposites go together; out of what differs comes the fairest harmony. The invisible harmony surpasses the visible one. 
Heraclitus 

Installation – Ragnar Chacín & Soline de Laveleye – Musrara Mix Festival – 29, 30, 31 May 2018 – Jerusalem

reza-shayestehpour-14238-unsplash.jpg« We need others’ stories. A story never exists alone, but as pattern of a much larger weaving. For a story to be revived, to unfold, to find new momentum and unsuspected ways, it must resonate with other stories. We need to listen to others telling us their memories. So that ours can breathe. To hear these memories materialise in breathes, voices, languages. So that ours stories can regain their voice and their language. We need to bath in others’ memories, for the past to flow, for the present to live, for tomorrow to be open. »

On arriving in Jerusalem, such a place of memory, contrasted stories and extreme tensions, Soline de Laveleye and Ragnar Chacin felt the need to go through a face-lift to free their retinas and their skin of dusty, tired, stiffened images spiked with certainties. They needed to dive deep into the flow of a plural and shimmering memory.
The installation Panta rhei proposes to the visitor to take part in a ritualised bath, from which one leaves rinsed, energised and with a restored awareness, liberated from obstructions. The participants are invited to plunge themselves in a streaming of voices, a flow of brewed stories that create echoe effects and might trigger their own memory.